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Qui de l'oeuf ou de la poule?


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YVES MANCIET












Qui suis- je, au fond?


Peut-être, dans ma petite personne, une sorte de condensé de la profession de reporter photographe entre la fin de la guerre et l'aboutissement du siecle.

J'ai commencé à vivre de ma passion dés ma liberation de l'armée, en janvier 46, après la resistance et le maquis (dans l'ORA), puis l'engagement jusqu'à la fin du conflit, en travaillant pour un quotidien de province, « L'espoir de Nice et du Sud-Est ». Petits boulots à la pige où je gagnais à peine de quoi vivre mais qui m'on permis de connaître de grand personnages, comme Picasso qui devait devenir mon ami. Mais les reporters photographes étaient fort peu en ce temps là, à tel point que pour le premier festival de Cannes, en septembre 46, nous n'étions que six à « couvrir » l'évenement. J'étais le plus jeune, je suis le dernier...

Puis j'ai voulu sortir de ma coquille et j'ai fait mes premiers reportages à l'étranger – textes et photos -en allant, en auto stop!, en Scandinavie, en 48 et 49. Après ces voyages excitants et impossibles, je ne pouvais pas envisager de rester en province, ce fut donc Paris où, très vite, j'ai travaillé à la pige pour tous les magazines et un quotidien : Paris Presse.

Fin 53, l'envie m'a repris d'aller voir ailleurs si l'herbe était plus verte et j'ai pris le bateau pour le Brésil. Là, j'ai travaillé pour un seul magazine : « Mundo Illustrado », pendant près de trois ans, allant d'un bout à l'autre du Brésil, jusqu'en Amazonie où j'ai vécu avec une tribu d'Indiens, les Carajes. Mais la France me manquait et l'été 56 j'ai repris le bateau en sens inverse et je suis revenu à Paris. Là j'ai participé à la création de la première agence photographique française, l'agence Dalmas. En fait, au depart nous n'étions que trois, Dalmas, moi et une secrétaire... En 57 des amis photographes sont venus me trouver et m'on proposé d'entrer dans un nouveau magazine : « Jour de France ». j'ai accepté et pendant quelques années j'ai travaillé comme reporter pour Marcel Dassault, le propriétaire du magazine.

Et puis cette eternelle envie de bouger m'a fait quitter la France une fois de plus, pour diriger une expédition en Ouganda qui avait l'ambition de faire un film documentaire sur le Nil depuis sa source, non ces sources, il y en a pluieurs jusqu'à la mer. J'était dans cette aventure à la fois le caméraman et le metteur en scène. Hélas, quand nous avons voulu passer au Soudan, on nous a refusé l'accés en nous disant que si nous persistions et passions quand même, nous serions tués et ...mangés... Retour en France à mon cher « Jour de Franc », et entrée fracassante dans le monde du mariage, mais là c'est moi qui fut fracassé.

Quelques films comme photographe de plateau et des reportages, beaucoup de reportages, en commande ou en spéculation m'on permis de faire bouillir la marmite et même d'acheter celle-ci. Des tas de reportages, donc, où je faisais de mon mieux pour concurrencer les amis de Paris Match, travaillant en général dans des agences comme Dalmas, (encore!) Sygma, ou d'autres. C'était un temps laborieux et merveilleux où faire des reportages s'apparenait a un métier d'historien quotidien, mieux : « à la journée ».

Et puis, une fois de plus, la curiosité et l'envie de faire autre chose, m'ont saisis et en 79 j'ai crée le premier véritable magazine mensuel sur l'écologie, dont le titre à fait florès : « Vert ». Mais il est imprudent d'avoir raison trop tôt, j'ai tenu jusqu'en 81 mais j'ai été contraint de mettre la clef sous la porte.

Belle vie, donc, où l'argent manquait en permanence, mais surtout j'habitais Paris, cette ville unique, Paris qui a toujours été mon sujet de photo favori. Saint Germain des Près où j'habitais, Montparnasse, Montmartre, les quais de le Seine, étaient ma pâture quotidienne. Je n'habite plus Paris et je le regrette, mais si je n'en est plus les moyens, j'ai gardé la nostalgie et celle-ci n'est-elle pas le sel de la vie?

Yves Manciet

Bergerac